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    La vie est d'une richesse infinie, pourtant nous avons encore plus: l'imagination !

Conte démocratique


Passer le bac ou faire le pont ?


- Holà Passeur ! Hé ho tu dors ? vingt bondiou vient-y m’chercher ! Ho passeur, y-a du monde qu’attend ! Hooouou !»

Dans la nuit des cris d’ivrognes résonnaient par delà le fleuve réveillant les voisins et leurs chiens.
- Vas-y passeur sinon il va gueuler toute la nuit !
- C’est pas l’heure et j’suis même pas sûr qu’il lui reste de quoi payer son passage !
- Ho passeur ! repris la voix de plus belle, si tu continue à dormir on finira par se faire un pont et tu resteras le bec dans l’eau ! » La voix hurlait de plus belle « Vivement un pont ! »

Bientôt de lassitude ont entendit grincer la poulie du bac qui lentement traversait le courant le long de son câble. Dans la brume des cris de colère révélèrent une négociation difficile sur le montant du passage, mais la fatigue aidant les grincements se rapprochèrent et tout redevint silencieux, les grenouilles purent de nouveau rythmer la marche des étoiles …

Bien que ce village soit connu pour son calme proverbial, une excitation nouvelle germait.


- Qu’est ce que c’est que cette histoire ?, Interrogeait la lavandière à l’épicier, il parait qu’ils veulent faire un pont ?
- Ben v’là du nouveau je voudrais bien voir ça !

Chacun dans le village s’étonnait de ce bruit lancé par l’ivrogne de la nuit ! Faire un pont sur le fleuve pour remplacer le bac mais personne ne pouvait croire en une telle aventure. Le batelier éclatait de rire :
- Quel monde de fou ils écoutent des paroles d’ivrognes !
Même le maire voulant couper court à toute initiative qui ne serait pas de son fait, et qui plus est pouvait provoquer des changements qui ne pouvaient être que préjudiciable à sa place de premier homme du village, cru bon de faire un discours annonçant « la nullité des propos véhéments d’un homme pris de boisson et délirant d’incompétence. »

Toute la journée les esprits se moquaient !
- Cette idée est complètement loufoque. Cela ne marchera jamais !

Le lendemain à la terrasse de l’auberge les joueurs de cartes avaient enfin des sujets de conversation !
- Bof ça n'a rien de nouveau. Il parait qu’ils ont déjà essayé au village de St Lucas, mais ça ne marche pas, il faut savoir que ca coute un paquet d’écus ! Sans compter que vu la largeur du fleuve c’est techniquement impossible. »

Le samedi au marché un paysan se fit remarquer :
- Ca n'a rien d'original, tout le monde a compris depuis longtemps qu'il faudra bien le faire.

L’idée fit son chemin au point que le batelier s’en inquiétait sérieusement, il convainquit même ses voisins commerçants !
- Imaginez la concurrence, ceux d’en face vont vous prendre vos client s’il y a un pont, sans compter qu’il ne sera certainement pas construit là ou le courant est le plus calme pour le passage du bac mais là ou le fleuve est le plus étroit, vous devriez déménager !

Le curé lui-même pris parti pour le bac, faut dire qu’il n’était jamais pressé, et qu’il avait convaincu le batelier que chaque passage gratuit lui assurerait une journée de paradis ! Il ne se voyait guère non plus obligé un jour de prolonger les processions jusque sur l’autre rive, déjà qu’il fallait se couvrir à chaque fois de lourdes chasubles et cela en général en plein été ! Sermon aidant il convainquit une grosse moitié du village de ne pas tenter le diable du changement dont on avait tout à redouter pour la paix du village.

D’un autre coté las de ne récolter que des chantiers de réparation sans intérêts les tailleurs de pierres flairaient enfin un chantier digne de leurs compétences ils poussaient à l’idée d’être payé pour réaliser ce fameux pont. Cette réputation leur donnerait du travail noble et assuré pour le reste de leur vie et même leurs enfants !

Le meunier aussi était pour, faut voir ce que lui prenait le bac pour chaque passage de sac de grains ou de farine, il hurlait au voleur, mais n’avait pas le choix !

Les menuisiers étaient divisés, d’un coté on pouvait faire un pont en bois, technique à la mode en ces temps, mais l’entretien du bac donnait un travail facile et régulier surtout qu’à chaque crue, il se trouvait qu’un câble cassait comme par hasard et que le bac perdu devait être refait à neuf !

Le châtelain local, à l’affut de respectabilité, soutint le camp majoritaire du batelier, et des commerçants, dame il avait besoin des uns comme des autres, comme il ne sortait guère, le bac ne lui servait pas, et trop de passage risquerait d’amener des étrangers et qui sait s’ils ne s’en prendraient pas à lui par jalousie.

Les réunions du village devinrent de plus en plus houleuses, chacun défendant sa paroisse, et alignant des arguments parfois délirants !
- Avec le bac vous tenez vos femmes et vos filles à l’œil, attendez le pont vous les verrez filler conter fleurette sans vous en rendre compte loin de votre surveillance !
Cet argument massue fit paradoxalement changer d’avis d’un coup le boulanger, de farouche défenseur du bac il se prit à envisager le pont sous un autre œil, faut dire qu’il s'était découvert une jolie soubrette lors d’une livraison sur l’autre rive, qui savaient lui donner du paradis pour un bon prix, mais sa dame fréquentait les lavandières et surveillait trop le bac pendant ses bavardages.

Le chef du village choisi le camp des défenseurs du bac qui se virent affublé du sobriquet de Bacaleaux, uniquement parce qu’ils étaient les plus nombreux, il ne manquait jamais de rappeler les coûts délirant d’un pont, projet absurde, quitte à perdre quelques voix des préteurs qui espéraient financer grassement cette entreprise.

Evidement le maréchal ferrant qui revendiquait prendre la place du chef du village choisi donc par opposition le camp des "pro-pont" qu’on nomma vite par dérision les Pontifous ! Seulement voilà comme ce camp était minoritaire et qu’apparemment tout conduisait à un vote contre eux, il offrit des promesses de compensations aux commerçants éloignés du bac qui avaient au fond peut-être plus à gagner qu’à perdre dans ce projet, ce qui augmentait ses chances.

La tension coupait le village en deux camps qui en venaient même aux insultes sous le regard goguenard de l’ivrogne qui s’amusait fort de ce qu’il avait involontairement provoqué.

Voyant leur nombre diminuer les Bacaleaux trouvèrent la parade : Diviser le camp des Pontifous : « Ah vous voulez faire un pont mais comment en bois ou en pierre ? »

Les charpentiers sautèrent sur l’occasion :
- En bois il sera fait en moins d’une année ! quelle économie !
Les tailleurs de pierre rigolèrent :
- Oui et au bout de 10 ans faudra tout reconstruire !
- Avec vos pierres, vos petits enfant pourront peut-être enfin le traverser s’ils arrivent à payer vos dettes ! »
- Avec vos planches, ils pourraient même pas se chauffer, les crues les auront volées avant »

La division régnait dorénavant dans le camp des Pontifous, c'est vrai que quand on construit du neuf toutes les voies sont possibles alors que conserver l’existant ne présente qu’une voie royale forcément unitaire !

Mais le comble de la débâcle vint quand un des Pontifous un expert en technique, voulu affirmer pour défendre son camp, que si le pont était construit à l’emplacement du grand rocher noir, il serait vite réalisé car les pierres seraient sur place, extraites du rocher et le fleuve particulièrement étroit.

- Mais ca va pas, c’est en dehors du village, dit le chef du village
- Là ou les enfants se baignent, confirmaient les mères de familles
- Là où il y les plus belles truites, renchérirent les pécheurs.
- C’est le symbole même de notre village que vous détruisez, dirent des anciens.

C’est à l’amont du village, qu’un grand rocher noir resserait le fleuve et cela en faisait un lieu de baignade et de pèche idéal, il était aisé d’aller en haut du rocher pour rêver en contempler la plaine et le village. La tradition voulait qu’aucun couple local ne se soit déclaré ailleurs qu’en ce lieu symbolique.

Bref la logique technique se heurtait à toute la qualité de vie des habitants.

Coup de théâtre, le châtelain déclara, je vais aider à payer le pont, ainsi vous serez tous satisfait ! Sur le coup ce fut l’étonnement, comment lui qui était pour le bac a-t-il changé d’avis ?

Le camp des Bacaleaux perdait un membre éminent ! Ce furent des cris de victoire du camp adverse alors les Bacaleaux répliquèrent que le service du bac pourrait facilement être amélioré.
- Comment ! Je n'fais pas bien mon travail moi ?» gueulait le batelier vexé ! Les Bacaleaux se divisaient eux aussi !

Au fait pourquoi le châtelain avait-il changé d’avis ? Simple il se rendait compte qu’un jour ou l’autre cette idée se réaliserait alors tant qu’à faire autant renforcer la considération de ses concitoyens avec ce cadeau, quoi de mieux pour redorer son blason !

Tout semblait enfin envisageable, tant que personne ne demandait « Ou va-t-il être construit ce pont ? » Ce fut le batelier qui inquiet pour son avenir posa la question fatidique et le châtelain décrit le lieu idéal à son avis, c'est-à-dire sur ses terres, face à son château ! Il pensait: Plus besoin de se mélanger aux gens du peuple pour passer le fleuve en paix ! Pour amadouer le batelier il ajouta maladroitement : il serait même facile d’y mettre un péage de même que vous payer le bac, cela permettrait de compenser la perte de revenu du batelier pour qu’il accepte ce choix !

Alors presque unanimement chacun trouva à critiquer ce pont loin de tous au milieu des terres.
- C’est absurde, on ne gagnera pas de temps
- Va falloir construire des chemins sur chaque rive pour y aller !
- Malin le châtelain ! il nous l’offre mais nous le fait payer...
Le batelier lui-même doutait de la sincérité d’une telle promesse.

Donc ce coup d’éclat fut un coup d’épée dans l’eau.

Tout le village criait sa solution, chacun se mettait à détester son voisin, chacun se prétendant détenteur de la meilleure solution et traitant l'autre d'utopiste ou de rétrograde.

Les notables cherchaient en vain une stratégie pour prendre enfin une décision, mais aucun vote ne semblait permettre une majorité suffisante pour être acceptable par tous. Chaque solution faisait beaucoup plus de mécontents que de satisfaits. Leur autorité elle-même vacillait.

Trahisons, combines, arguments fallacieux, promesses, tout y passa, il y eu même une tentative de coup de force du batelier associé aux ferronniers pour proposer un pont si cher qu’aucun espoir de le voir réaliser un jour lui permettrait de vivre encore longtemps de son travail de batelier.

La situation devenait catastrophique, plus rien ne fonctionnait normalement, la rue n'était que théatre d'engueulades, même les parties de cartes dégénéraient,c'est dire !

      Vous qui m'écoutez, supposez être un habitant du village, dans quel camp seriez-vous ? Et qu'auriez vous fait pour ramener la paix ?


      Si vous avez repondu à ces deux questions, vous avez le droit de lire la suite ! Ne trichez-pas !


Tous d'un coup les vitupérations se calmérent, les parleurs tournaient leur regard par dessus la foule. Sur la rive en face une silhouette s’approchait d’un pas large lent et rythmé habitué aux très longues marches et lourds fardeaux. Il passait rarement, pourtant chacun reconnu le long manteau noir du colporteur. Un homme apprécié car c'est lui qui apportait des marchandises venues d'ailleurs et surtout à chaque passage il racontait les évènements lointains, il a tant vu de pays, qu'il en avait acquis une certaine sagesse.

- V'là le messie, murmura quelqu’un lassé des conflits à propos du pont.

Un brusque silence paecouru la place ce qui permit d’entendre la voix hélant le batelier pour le passage…

Après avoir halé le bac d'un aller-retour sur le fleuve, le batelier débarqua son client.

- Tiens toi qui n’est pas d’ici et qui a vu le monde, que ferais-tu de notre problème ?

- Mais de quoi parlez vous ? Je ne suis pas juge mais contez moi votre soucis.

Après un grand brouhaha où chacun voulu décrire ce qui lui était évident de faire et le convaincre de sa bonne foi, il finit par entendre peu à peu les arguments des uns et des autres.

- Je vais y réfléchir cette nuit et demain vous aurez ma réponse.
- Malin il va dormir à l’œil comme cela ! persifla une voix, chacun voudra l'inviter pour le convaincre !
- Non je paye ma nuit à l’auberge normalement et laisser moi en paix car je suis fatigué de ma route.

Dès le petit matin l’impatience régnait, la place du village se remplissait plus qu'un jour de marché, que va dire le colporteur ? Les coup de gueule des conversation de la veille était devenu un brouhaha interrogatif.

Le colporteur pris son temps, déjeuna tranquillement, puis se dirigea calmement vers la place du village, choisi avec soin l’endroit où se jucher pour parler et attendit patiemment le silence complet :

- Mes amis, avez-vous remarqué que chacun cherche la solution qui lui apporte le meilleur à lui-même aujourd’hui ? Regardez-vous, vous vivez ensemble depuis toujours, il vous faut chercher la solution pour vivre ensemble, qui soit la meilleure pour tous et pour vos enfants, même si cette solution n'est à ce jour pour chacun de vous, la pire des solutions !

- C’est tout ? C’était bien la peine d’attendre une nuit pour cela ! Dit l’ivrogne qui n’avait rien compris.

Perplexe chacun rentra chez soi, dans la nuit les discussions continuèrent tard.

Le lendemain chaque habitant avait réfléchi et cherchait enfin à donner plus qu’à ne recevoir, tous les problèmes se résolurent l’un après l’autre, l’emplacement devint évident, comme par enchantement, même l’avare décida à la surprise de tous de faire un don. Les charpentiers aidèrent les tailleurs de pierre, les ferroniers proposèrent les outils, le batelier révéla les fonds du fleuve et les bancs de sable qu’il connaissait si bien, le châtelain proposa une décoration à ses armes bien sûr, mais contre une importante subvention. Tous apportèrent, qui ses charettes, qui ses cordes, un autre ses chevaux, le chantier rassembla toutes les compétences. Le meunier donnait la farine au boulanger qui offrait le pain. Le curé lui-même vint apporter de son vin aux ouvriers qui n’ont jamais travaillé aussi vite et aussi bien et même trinqué avec l’ivrogne afin qu’il chante ces fameuses chansons qui choquaient tant les paroissiennes (qui pourtant tendaient discrétement l'oreille à tous les couplets). Dans cette ambiance de kermesse, chacun trouva son rôle, chacun trouvait bonheur à donner le meilleur de lui-même au lieu de vouloir le meilleur pour lui-même.

C'était tellement évident que personne ne s'est rendu compte du départ du colporteur qui avait une histoire de plus à raconter.

Aujourd’hui si vous passez par là, vous entendrez les cris des enfants qui crient une antienne « Pontifousbacaleauxplouf ! Pontifousbacaleauxplouf ! » pour se donner du courage et sauter du haut du rocher noir dès que les pécheurs matinaux ont quitté la berge cachant dans leurs besaces leurs plus belles truites, au loin, solide comme un roc, se découpe la belle silhouette du fameux « pont neuf » construit pourtant il y a fort longtemps dans le prolongement de la plus belle avenue de la ville. Vous y verrez passer tout le trafic commercial de la région car c’est jour de marché, devenu le plus important du conté.

Une légende raconte que parfois le soir il parait qu’on entend un fantôme ivrogne appeler tard dans la nuit sur la plage, mais personne ne sait qui il appelle en vain…

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07-09-2015 à 07:45
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Commentaires et dialogues pour cette page

Intervenant Brice - le 02-10-2012 à 12-13

j'aime pas les happy-end

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