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Conte de Noël 2012.

DERNIER NOEL.


Allez ! Au boulot !

En tant que CRMPPCNT, « Concepteur Rationnel de la mise en place des plans de communications des nouvelles technologies », j’avais du pain sur la planche aujourd’hui, je devais aller dans les bureaux de la troisième Planète d’Arcturus dont j’ai même oublié le nom (faudra quand même me renseigner de peur de faire un impair lors des congratulations ! ) pour la mise en place du nouveau plan média.

Rationnellement parlant il était absurde de me déplacer pour si peu vu que les communications instantanées était au point, mais malgré toute la rigueur intellectuelle, le contact physique restait une des tares héritées du passé nécessaire pour mieux transmettre les principes directeurs destinés à faire comprendre aux usagers qu’il était négatif de se laisser influencer par des sentiments affectifs créant des réactions négatives vis-à-vis des changements technologiques.

Allez en route pour les transbulles ! En ne les prévenant pas de mon arrivée, avec l’effet de surprise, je pourrais vérifier s’ils travaillent correctement !

Le transbulle était un mode de transport instantané utilisant les trous de vers de l’espace, le client montait dans une sorte d’ascenseur en forme de bulle métallique qui via un « fil d’Ariane » allait instantanément dans un lieu tellement indéterminé vis-à-vis de notre espace-temps que l’usage l’avait appelé le « nullepart » et là changeant de fil d’Ariane en quelques secondes il se retrouvait instantanément transféré à la destination voulue. C’est d’ailleurs à cause de ces quelques secondes de patience que les usagers voulaient bêtement exiger un minimum de confort dans les bulles, pour lutter contre des relents de claustrophobie. C’est précisément contre ces reliques affectives économiquement couteuses que son travail de communication était nécessaire.

Le pire était que le temps administratif de la vente des billets, des contrôles d’immigration, des scanners de sécurité, des désinfections et surveillances des vaccinations nécessaires pour les changements d‘environnement planétaires prenaient un temps fou qui aurait certainement été plus que nécessaire de réduire ! Mais la complexité administrative a des logiques que le bon sens ignore.

La gare étaient bruyante d’une foule immense, des millions de voyageurs arrivaient et repartaient dans un brouhaha permanent, les cris d’enfants aigus surfaient sur les vibrations sourdes des transbulles qui apparaissaient et disparaissaient à un rythme effréné.

Enfin après mille formalités, c’est mon tour de partir, mon statut me permettait d’user d’un transbulle individuel, enfin un peu de calme !

Arrivé au « nullepart » j’attends les quelques secondes nécessaire au changement de « fil d’Ariane », zut, j’ai oublié de noter le nom local de la planète de destination, je n’ai que ses coordonnées transbulle, faudra que je pense à lire le panneau d’accueil à la gare !

Tiens c’est plus long que d’habitude. Je regarde par le hublot si je ne suis pas arrivé en gare. Dire que je me moquais de cette idée d’un hublot dans une transbulle et voilà que je l’utilise !

Tout noir…

Ce n’est plus des secondes mais des minutes, bizarre…
Ce silence, apprécié après les clameurs de la gare, prenait de l’importance, je me mis à siffloter histoire de me calmer.
Des minutes firent une heure, inquiétude…

Sur qu’il s’était passé un incident, le silence semblait encore plus absolu, au point que mon propre souffle devenait audible.

Le hublot restait noir. Tout d’un coup voilà la lumière qui s’éteint, la minuterie généreuse pour laisser les passagers charger ou décharger leurs bagages, avait finit par décidé que cela suffisait.

Dans ce noir total et ce profond silence, j’entends un rythme sourd, quel peut-être ce moteur ? Normalement une transbulle n’a aucun moteur ! A mieux écouter, je compris tout d’un coup qu’il s’agissait des battements de son propre cœur !

Dans cette obscurité mes yeux s’habituaient à ce noir profond, seule une toute petite led bleue montrait que le fil d’Ariane n’était plus connecté.

Une très vague lueur glissait lentement derrière le hublot, ce mouvement m’intrigue, qu’est ce que c’est que ce truc, normalement dans le « nullepart » il n’y a jamais rien eu ?

Je me colle au hublot, en rallant qu’il soit si petit, et je vois dans un noir complet glisser lentement une vague forme, une lueur diffuse, dont ma vue prend peu à peu conscience, et tout d’un coup je comprends : Une galaxie glissait majestueusement dans l’espace restreint de mon hublot. Mais où suis-je, pourquoi une galaxie, et surtout pourquoi aucune autre étoile ?

Je regarde perplexe cet étrange ballet, puis plus rien, sauf peut-être de très vague petite taches blanchâtres peut-être fruits de mon attention exacerbée.

Tout un coup revoilà la galaxie, qui réapparait, ah non ce n’est pas tout à fait la même ! Deux petites taches blanchâtres montrent des petites galaxies satellites, et d’autres encore autour…

C’est pas vrai ! Je suis tombé où ?

Je comprends effaré que ce que je contemple est notre voie lactée et ses petites galaxies satellites, nuages de Magellan, et galaxies naines, et la première galaxie devait être Andromède. Je suis dans une bulle qui tourne lentement isolée dans l’espace intergalactique.

Alors assommé par cette révélation, je sais maintenant que je suis dans le vide absolu entre deux galaxies, si loin de tout que même si j’avais la possibilité de lancer un message, il mettrait plus d’un million d’années à parvenir à la terre !

Je réfléchis intensément, soyons rationnel, mais aucune solution n’était envisageable, je fis l’inventaire de que je dont je disposais, me voilà dans une boite de métal nue, vide et froide, avec des papiers, un stylo, une mini lampe de poche qui me permis de lire un petit texte expliquant les couleurs de la led le bleu signifiait que j’étais arrivé, donc le transbulle ne chercherait même plus à se reconnecter ! Et dire que rien n’était prévu pour que le passager puisse agir, on se méfiait trop des délires irrationnels des clients !

La solitude totale, dans ce pesant silence troublé que par mes fonctions biologiques de plus en plus bruyantes, et aucun espoir de survie, combien d’air est prévu dans un transbulle censé être utilisé quelques secondes ? Autant que pour la minuterie lumineuse déjà éteinte ?

Nul être ne sait où je suis et même s’ils le voulaient ils n’auraient aucun moyen de me localiser, et même s’ils me localisaient comment définir un lieu avec précision entre deux galaxies pour programmer un autre transbulle surtout sans gare de réception ? A-t-on même prévu une procédure de vérification du nombre de transbulles arrivés à bon port, vu les milliers de destinations et les millions de voyages quotidiens, c’était tache impossible ! Et tellement inutile… Sauf pour moi !

Aurais-je pu imaginer une telle solitude ! Perdu dans l’espace, dans une bulle vide, ignoré de tous, et si ca se trouve isolé dans un autre temps avec des milliers d’années de décalage !

Je hurle de toutes mes forces, je vais devenir fou, je me casse la voix, mais à quoi sert une voix sans personne pour l’entendre, quel signal faire, même une supernova à une telle distance ne serait pas visible d’une planète de la voie lactée même en regardant dans la bonne direction au bon moment !

Ma mort était très proche mais pire encore mourir dans une telle solitude et une telle ignorance était encore pire…

Un bruit explose mes oreilles, mon téléphone sonne !
Interloqué, je fouille mon sac fou d’espoir, mais je sais déjà qu’il est impossible de téléphoner dans une transbulle, habitué à l’obscurité l’écran m’éblouit un instant avant que je ne réalise que ce n’est qu’un message programmé depuis longtemps : « Joyeux noël ! »

C’est pas vrai !… Cette antique fête a lieu ce soir ? C'est vrai que cette tradition s'est quasiment perdue...

Il me fallu de longues minutes avant de comprendre résigné que ce serait mon dernier noël, l’absurdité totale de la situation méritait que je réagisse en tant que « rationnel ».

Seul être vivant dans un espace vide de plusieurs millions d’années lumières, destiné à mourir d’un instant à l’autre, je me résolu à fêter Noël, irrationnelle fête antique de l’amour…

Je dessine un sapin, une crèche, je déchire et plie mon papier pour la construire, un trou dans une feuille fait une étoile découpée et voilà une étoile à partir de la led bleue, dire qu’il n’y a même pas d’étoile dans ce ciel vide ! Jamais je n’aurais cru que les étoiles avaient tant d’importance !

Je fredonne quelques chansons souvenir d‘enfances, le froid m’envahi, puis je raconte la nativité au souvenir du petit enfant que j’étais, cette belle histoire de vie vieille depuis que la civilisation existe, gravée en sanscrit dès le début de l’écriture, reprise par les religions successives… Eloge de l’amour de l’autre, mais il n’y a plus d’autres ici…

Et je me mis à prier, à supplier, à hurler mon envie de vivre, à crier mon désespoir, à supplier tous les êtres irrationnels et mythologiques.

Je m’essouffle, l’air glacial commence à manquer maintenant, une pesante envie de dormir, je revis mille instants d’autrefois, l’émotion envahit ma folie, personne ne saura jamais, mon corps flottera gelé, dans cette bulle de métal nu, pour l’éternité…

Dernier Noël, mes yeux se ferment sur le petit décor de papier dessinés et pliés un sapin, une crèche, des personnages, un père noël m’apporte un petit cadeau, une étoile jaune…

Jaune ?

« Jaune= Maintenance » disait le mode d’emploi de la led. Les transbulles étaient programmées pour aller régulièrement être nettoyées au centre de maintenance, et là dans un atelier des ouvriers réveillèrent un homme à moitié fou qui prétendait avoir été hors de la galaxie !

Non je ne suis pas fou et depuis ce jour je me bats pour qu’on équipe dorénavant les transbulles de ces inutilités : un système volontaire de reconnexion, une réserve d’air et des outils de communication. « Et n’oubliez pas d’y mettre une vraie décoration »

- « Gaspiller toutes ces dépenses sur des millions de transbulles, uniquement pour quelques secondes ?» - « Non pour une éternité ! » - « Jamais les financiers vont accepter un tel délire, ma parole tu crois au père Noël ! » - « Oui j’y crois... »

Depuis j’enseigne aux techniciens comment habiller la froideur de leurs appareils de cette sensiblerie inutile : « de la vie ».

Page écrite 24/12/2012



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(aide) Page mise à jour le
07-09-2015 à 07:45
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